Roi Heenok
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Roi Heenok est un personnage particulier. Davantage connu pour ses apparitions sur le web que par sa musique, il tente de rectifier le tir avec la tape Cocaïno Rap Musique, accompagnée d’un DVD car il sait que la recette est bonne.
Les interviews avec le Roi aussi sont pas mal, malgré une façon bien à lui d’exprimer ses idées, on décèle une certaine philosophie que beaucoup ont du mal à capter. Sa venue à Paris est l’occasion d’aller à sa rencontre pour parler de ce disque mais aussi de ses récentes mésaventures avec la justice. Car après tout, il faut reconnaître que le rappeur/businessman/divertisseur est plutôt attachant. « Au sujet de mon incarcération, c’est sûr qu’il faut qu’on gère le risque, c’est comme ça lorsque tu touches à des trucs pas tout à fait droits. J’ai des baveux qui s’occupent de ça, et aussi grâce au juge, salutations monsieur le juge, j’ai eu un privilège à la 50 Cent. »
Blague ?
Heenok en prend conscience mais ne reste pas dupe vis à vis du public : « Ouais, il y a des gens qui pensent que c’est une blague, ils rigolent de la façon dont je m’exprime dans leur langue, pour eux c’est tellement rare qu’ils veulent me voir pour le croire car je suis loin d’eux, la France c’est loin. Les gens rigolent ? C’est normal, même moi quand je vois le Roi, je gol-ri, je me pisse dessus, je me demande qui est ce ouf. Il faut avoir le sens de l’humour. Dans le Queens, on se blague tous les jours ! Mais je parle du coeur, c’est ce que les gens apprécient. » Pas question par contre de s’autocensurer, comme il le dit, il n’y a pas que lui : « Il y a des putains de films de ouf qu’ils font et lorsque c’est la société hollywoodienne qui fait le truc, ça passe. Ils font des films de dingues comme le Rambo 4 qui rappelle le Rambo 1 tellement qu’il flingue partout. Avec la violence qu’il y a dans ce film, moi je suis un enfant de choeur, je chante avec le nouveau pape ! La société ne sépare pas l’homme noir de son taf. Moi je suis professionnel à fond, c’est pour ça que monsieur le juge m’a laissé sortir mais les québécois sont racistes envers les gens qui viennent d’où je viens et ils contrôlent l’art. Pour eux, un mec noir qui fait du rap, qui est chaud et qui à de la zeille et que les gens aiment comme leur Céline Dion, c’est un truc de ouf. » Céline Dion, nouvelle tête de turc du Roi ? « Non, c’est chaud ça, Céline Dion c’est ma petite soeur, y’a de l’amour pour elle, t’es ouf ! » En gros, vous l’avez deviné, il ne se gênera pas pour continuer d’alimenter le spectateur avide de la syntaxe du Roi et autre « heenokeries ».
Où sont les feats ?
Depuis le début, le rappeur de la Rive Sud, vante ses connaissances et relations, notamment avec pas mal d’artistes new-yorkais. Mais jusqu’aujourd’hui, aucun morceau n’est sorti avec ces featurings annoncés. De quoi soulever la question du bluff. « Ce sont quelques mecs. Le fait que je cite des noms, ça rend les gens dingues mais lorsque je te dis que j’ai Raekwon The Chief qui chante avec moi, ensemble sur le même truc et qui parle en français, ce n’est pas comme les autres qui font des trucs par la poste, qui payent 10 000 euros ou 40 000 euros pour des artistes qui n’ont aucun respect pour leur gueule car ils ne comprennent pas le français. Moi j’ai vécu dix piges dans le Queens, j’ai les deux, donc quand je parle avec Raekwon avec des codages de rue, je me retourne et je parle avec Rohff. Je fais le pont. Je suis un ambassadeur qui ouvre l’esprit des afros car ils ne parlent qu’une seule langue, celle de ceux qui les fouettaient. Le partage de leur patrimoine se fait entre Nas, Noreaga… Entre eux. Ils ne peuvent pas nous le communiquer donc ils ont besoin de moi dans ce rap de merde car j’ai un contact avec eux niveau rue et langue. C’est ça qui fait ma force. Il faut que les fanatiques patientent car je ne peux pas mettre Raekwon dans un projet qui va vendre 5000 ou 6000 exemplaires, il faut que je prépare le truc. J’essaye d’approcher des Sefyu, ceux qui sont chauds quoi. Mais il y a des histoires de ventes, il y a des mecs qui veulent des chiffres, il y a de l’orgueil, pas mal de trucs. Humblement, je suis allé dans le fief de Rohff, je me suis connecté avec les pires, ceux qui se font prendre avec des flingues, j’essaye de faire que ça sente la merde. Il n’y a pas que ça, j’aime aussi beaucoup Vanessa Paradis, quand elle est arrivée quand elle était jeune, j’ai serré des meufs en passant son truc en boucle. »
Avec le Roi Heenok, nul n’est au bout de ses surprises, la prochaine étape risque d’être l’album, avis aux amateurs…
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