« Quand même, Al K, il va loin, là ! »
Petite étude des mérites comparés des premiers albums de Doc Gyneco et d’Alkpote. « Je te ferai passer l’oral sur ma fleur de malt » susurrait l’un ? « Frotte ma lampe d’Aladdin, n’oublie pas de faire un vœu » conseille l’autre. Est-ce qu’en 2020 Al K-Pote deviendra à son tour la caution soft d’un nouveau sex-punchliner fou ? Le combat contigu.
Douze années séparent la sortie de Première consultation de Doc Gyneco de celle de L’empereur d’Alkpote. Le point commun entre les deux MC’s ? Le rectum au recto, ou la mise en avant du derrière des “truies” (ou “cochonnes”, selon les dictionnaires.) comme moyen de faire son trou. De leur patronyme jusqu’au contenu de leurs morceaux, les deux artistes rivalisent d’angles et d’idées de prises de reins, une main sur le coeur l’autre sur le Kama-Sutra. Registre par dessus l’entrejambe façon Gainsbarre-se-bourre pour l’aîné, registre strikeur fou tendance Ronald Koeman des plumards pour l’autre.
En 1996, le grand public avait reçu le disque de Gyneco avec un mélange de fascination amusée et de répulsion, ses propos semblant parfois crus pour l’époque. En 2008, c’est cette fois le microcosme lui-même qui grince des dents : « Quand même, Al K, il va loin, là ! » Question : sont-ce les MC’s ou la tolérance langagière du moment qui a changé ? Il est en tout cas frappant de constater que l’effaroucheur de 1996 passe désormais pour un raffiné poète comparé à son successeur de 2008.
Jugez plutôt : là où le Doc réprimandait gentiment « Les filles du move » (« C’est Barbie Zulette qui va dans toutes les fêtes, elle joue la starlette et moi ça me prend la tête. Elle sort avec Ken même sans plastique, rappelle-toi de l’époque où tu sautais à l’élastique »), Al K, lui, s’embarrasse moins de chichis : « P’tite pouffe fais pas ta fine bouche ». Le Doc évoque l’usure de la routine de la vie de couple pour le gynécologue marié (« Le devoir conjugal ça suffit, j’ai fini de travailler et je dois recommencer ») ? L’autoproclamé empereur de la crasserie sort la casquette et le sifflet : « Chiennasse t’as qu’à lever la patte pour que je vienne te caresser la… » Assez de poésie ; il serait possible d’allonger encore longtemps les exemples les plus triviaux.
Les années ont raccourci les sentences, mais quels que soient les sujets, les avis de ces deux-là divergent. Et comme disait Pierre Desproges – qui n’aura pourtant écouté ni l’un, ni l’autre : « Dix verges, c’est énorme ».
Mots clés: Alkpote, Doc Gynéco,