Keny Arkana
A 23 ans elle sortait un premier album, Entre Ciment et Belle Etoile, qui étonnait par la force de sa rage et de son engagement. Depuis, tout le monde connaît et admire Keny Arkana pour être la plus militante de toutes les rappeuses. Retour sur son parcours à l’occasion de la sortie de son mini album Désobéissance.
Marseillaise originaire d’argentine, Keny Arkana vit une enfance tumultueuse, placée dans de nombreux foyers dont elle fuguera à plusieurs reprises. Très vite, elle se met à écrire sur le monde qui l’entoure. Et tout naturellement, le rap vient à elle. « J’étais jeune, j’avais 13 ans. J’étais en foyer et j’écrivais pas mal de textes personnels d’un côté, pour vider mon sac et des textes plus ouverts de l’autre, afin d’animer le foyer. La première scène, je l’ai faite plus tard, vers 15 ans. Et je me suis vite rendue compte que ça donnait plus d’adrénaline que de faire des conneries dans la rue. » En tant que rappeuse, elle appartient aux collectifs Etat Major et Mars Patrie. Puis à 20 ans, elle entame une carrière solo et sort « Le Missile Est Lancé », premier maxi vinyle.
Mais la demoiselle est aussi (et peut-être avant tout) militante. « C’est le système qui m’a élevée. J’ai très vite découvert les problèmes des exclus du système des pays riches. Enfant, j’avais déjà la haine contre ce système. J’ai toujours cherché l’ennemi caché. Et l’alter-mondialisme m’a aidée. » En 2004, elle fonde le collectif La Rage Du Peuple, qui porte bien son nom : « C’est un collectif à la fois politique et social. Notre état d’esprit, c’est d’être connecté à la conscience mondiale, d’éviter le nombrilisme actuel. On a surtout essayé de dé-scléroser pas mal de luttes. En gros, nous recherchons une alternative à ce dieu économie qui se fout de notre bonheur. »
Désobéissance, son nouveau mot d’ordre
Après une première street-tape intitulée L’Esquisse, elle accède en 2006 au grand public avec son premier opus Entre Ciment et Belle Etoile. Son titre « La Rage » est diffusé en boucle, son premier disque devient disque d’or. Mais la célébrité, ce n’est pas vraiment son truc. Elle refuse de faire son Planète Rap, annule toute une tournée au profit de forums de l’association l’Appel des Sans-Voix, donne des interviews au goutte-à-goutte. Elle dit ne pas se sentir rappeuse mais une contestataire qui fait du rap. Et elle l’assume. « Je ne me sens pas artiste parce que je suis connectée en bas et j’ai envie d’y rester. J’habite encore dans le même quartier, je traîne avec les mêmes personnes et même si le succès arrive, je refuse de changer de vie. Je n’ai pas non plus envie de changer de sphère. Je ne me sens pas particulière. C’est juste qu’on m’a donné des hauts parleurs alors je prends la parole. » 2008 sera pour elle l’année de la Désobéissance, comme le confirme son dernier mini-disque du même nom. Le message ? Désobéir pour créer des poches de résistance qui se constitueront en réseau. Elle appelle à une « révolution humaine salvatrice pour la planète. » Les morceaux « Réveillez-Vous », « Le Changement » ou « La Rue Nous Appartient » transmettent bien cette envie de faire bouger les choses. Keny s’adresse ici à « la dernière génération à pouvoir tout changer. » Espérons qu’elle sera entendue…
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