Svinkels
Ca fait, quoi, onze ans que les Svinkels distillent leur savant mélange aux vapeurs alcoolisées. Un breuvage doux-amer millésimé hip hop avec toujours ce fort arrière goût de punk rock. On a beau faire des efforts, on n’arrive vraiment pas à décrocher. Et ce n’est sûrement pas Dirty Centre, leur troisième opus studio, qui va nous aider à passer par la case désintox’ ! Rencontre avec Baste, le Gérard du trio.
Trois albums en dix ans de carrière c’est peu…
Effectivement, on n’est pas rapides-rapides. Mais, en même temps, si on met tous nos projets solo, maxis et compiles ensemble, ça fait beaucoup plus que trois albums ! Finalement, entre les concerts et les projets avec TTC ou le Klub des 7, on n’a pas mis tant de temps que ça à le faire, ce nouveau disque. Bon, c’est vrai, je confirme, il y a quand même une méthode de travail qui est assez mauvaise (cf. le titre « Vite Fait Mal Fait », ndr).
En vrai, comment avez-vous travaillé sur cet album ?
Notre méthode a été très particulière parce qu’on est parti d’une première version de l’album avec uniquement les instrus de Nikus, de Drixxxé et de DSL. Puis on a véritablement tout repris à zéro en l’apportant à un arrangeur un peu magicien qu’on appelle Dr Crunkenstein, qui avait travaillé sur la B.O. d’OSS 117, d’Alphonse Brown, des albums de Bashung, Oxmo Puccino et de nous aussi.
Justement, que vous apporté cet arrangeur ?
Au départ, on voulait un disque très minimaliste, à l’image du rap américain qu’on écoute. Mais, grâce à lui, on s’est rendu compte que ce qui nous plairait vraiment ce serait de faire quelque chose de grandiloquent. Lui, il nous a écouté et il a dit : « je sais ce qu’il vous fait ! On va faire de la musique pour les stades ! » On avait un peu peur de faire quelque chose de trop orchestré mais on est super contents du résultat. Il y a un côté kitsch, c’est un peu au rap ce que Robert Hossein est au théâtre. Il y a un truc stalinien qui nous plait beaucoup. D’ailleurs, pendant tout l’enregistrement, on n’a pas arrêté d’écouter Rocky en boucle, pour l’inspiration…
Dirty Centre, c’est un véritable hommage au dirty south ou juste l’occasion de faire un jeu de mots ?
En l’occurrence, on est vraiment des gros fans de rap américain. Ce disque, c’était un peu le moyen de payer un tribut à ces grands artistes que sont Snoop, Jay-Z, Lil Jon… Aux Etats-Unis, contrairement à ici, il n’y a pas d’antagonisme entre le succès public et la qualité de la musique. C’est sûr qu’on a une image un peu punk mais ça fait 20 ans qu’on n’écoute presque que du rap. M Xavier, par exemple, est un grand fan de R&B, un crooner dans l’âme. Mais pas dans la chanteuse (rires).
Vous avez au moins deux morceaux qui parle de la teuf : « La Youte » et « Ultras Festifs ». Tu peux nous en parler ?
Ultras Festifs c’est un jeu de mots sur les ultras, les hooligans. Un morceau sur les grosses fêtes bien bourrines. Alors que « La Youte », au contraire, c’est sur les mauvais côtés de la chose, comme les lendemains difficiles, les manques de repère, les mauvais amis qu’on se traîne en soirée… On a toujours eu ce double discours chez les Svinkels. Rien n’est jamais gratuit chez nous. On n’oublie pas le côté négatif.
Il y a aussi de gros morceaux qui frappent très fort comme « Le Club de l’Apocalypse » ou « Droit Dans Le Mur »…
Ca, c’est ce qu’on appelle « la touche Crunkenstein » : t’arrives avec un Flamby et tu repars avec trois kilos de pâté. Ca nous fait super plaisir de faire des gros morceaux de rap bien lourd. Les gens nous assimilent parfois à un groupe de rock, notamment suite à « Réveille Le Punk ». Mais c’est n’importe quoi ! On n’assimile pas le Wu-Tang à un groupe de karaté !
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