Kenna
Rappeur non-identifié en liberté
Difficile d’apposer l’étiquette « rappeur » sur Kenna. A l’écoute de Make Sure They See My Face, son second opus, on est perdu dans un tourbillon mélangeant synthé pop, punk rock, hip hop et électro. A la sauce Neptunes. C’est futuristique, étonnant, il fallait que Rap Addict rencontre cet extra-terrestre…
Comment définirais-tu ta musique ?
Justement, je ne la définis pas. Je pense que c’est à chacun de trouver sa propre musique. Je pense que la musique, c’est ce que chacun veut que ce soit. Je n’aime pas qu’on me mette dans une boîte. Tous les artistes disent détester qu’on leur appose une étiquette. Pour moi, c’est encore plus vrai. Si tu veux m’en mettre une, vas-y, mais ne me demande pas de le faire avec mes mots !
Comment as-tu commencé la musique ?
C’était exactement le jour où mes parents ont acheté un piano et l’ont mis dans la maison. A partir de cet instant, j’ai décidé que c’était mon piano. Je n’ai pris aucune leçon mais j’en ai fait tous les jours. D’ailleurs, je suis très fier parce que tous les pianos de cet album sont joués par moi !
Qu’est-ce que ton pote de fac Chad Hugo a apporté à ta musique ?
Avec lui, j’ai appris qu’il n’y avait pas de barrières, pas de limites. Tu peux créer ce que tu veux. Il ne me l’a pas dit, il l’a fait tous les jours. Je serais heureux d’avoir un dixième de son talent.
Vous vous êtes rencontrés comment, exactement ?
Autour d’un piano sur lequel je jouais, seul et mal, dans une salle de classe vide. Il m’a entendu, est entré et a pris ma place.
D’où te vient une telle liberté musicale ?
C’est juste parce que cela reflète qui je suis dans la vie de tous les jours. J’ai vu différentes cultures. Je suis né dans un pays (l’Ethiopie, ndr) et j’ai vécu dans un autre (les Etats-Unis). Chad m’a aussi appris que je n’étais pas obligé d’être comme tout le monde, que ce n’était pas grave. Sinon, ma musique aurait été ennuyeuse…
Quel est le concept de cet album ?
Tout tourne autour d’un seul voyage et d’une seule personne. Une personne qui essaie trouver son identité. Il veut savoir qui il est pour se présente au monde. Il se demande quelle face il a envie de montrer au monde. D’où le titre de l’album… Moi-même, j’apprends chaque jour qui je suis vraiment.
Avant de faire cet album, tu as voulu partir atteindre le sommet du Mont Kilimandjaro. Pourquoi ?
J’espérais trouver comment me mettre dans un processus créatif. J’étais un peu coincé, je n’arrivais plus à créer. Je pensais que j’allais me sentir mieux. Et puis, avec cette épreuve, j’ai compris que ce n’était pas la destination qui importait, c’était le voyage…
Tu semble avoir beaucoup de doutes. Comment la musique t’aide-t-elle ?
Je pense que c’est surtout l’écriture qui est cathartique. C’est quelque chose où je trouve à la fois de la joie et de la profondeur. Mais je n’ai aucun doute en fait. Aucune insécurité massive sur qui je suis. J’en ai surtout marre qu’on m’impose partout de la musique de merde. Alors j’ai décidé de laisser les gens s’adapter à la musique, de trouver par eux-mêmes, sans rien leur imposer moi-même.
Concrètement, comment travailles-tu ?
Chaque chanson est différente. Parfois je les écris chez moi, au piano, parfois je suis derrière mon ordinateur, en Virginie, à Miami, à Londres, à Los Angeles, en studio… La musique vient à moi. Je ne la fait pas venir moi-même. Je ne crée pas un environnement qui m’aide à composer, c’est la composition qui s’impose à moi. Du coup, tout se fait le plus simplement possible…
Mots clés: interview, Kenna,