Petit Pec est devenu grand
Des années que son blaze circule sur des tas de compiles (Écoute la rue Marianne, Ghetto Truands & Associés…) et de featurings (Smoker, Lalcko…). Et pourtant, Al Peco ne sort son premier album que maintenant ! Comme on s’y attendait, ColonizaSon est à la hauteur des attentes et le punchliner engagé n’a rien perdu de son gnac.
Quand on écoute les morceaux, on se rend vite compte de ton amour de l’egotrip…
Oui. C’est ça le rap ! C’est pour ça que je n’apprécie pas les belles plumes qui ont un flow monotone. Ça me saoule. Pour moi le rap c’est faire vivre les mots, les faire danser, surprendre. J’aime le flow, la punchline, l’exercice de style, la performance, la créativité, la création. Il faut proposer. On est des espèces de magiciens des mots. Ce côté-là est délaissé en France au profit d’un discours représentatif des problèmes…
Justement parmi tes punchline, sur « Waraba Peco », tu dis « Mon rap n’a pas de fonction ni éducative ni morale. »
Oui, on me la ressort souvent celle-là ! Je parlais uniquement pour ce morceau-là. Je ne parle pas de mon rap en général. « Marianne » ou « Petit Nègre », ce sont des morceaux plus thématiques, où il y a un truc à retenir. Là, sur « Waraba Peco », je dis : « On est dans la folie seulement. » Il n’y a que des punchlines sur ce morceau, d’ailleurs. Et c’est bon, on aime.
Tu es passé par la fac et tu évoques souvent tes diplômes dans tes textes. Pourquoi ?
Ce n’est pas pour me vanter. C’est pour expliquer clairement qu’aujourd’hui, il y a plein de rappeurs qui sont allés à l’école, qui travaillent, qui ont leur vie à côté. C’est trop dommage de réduire le rap à ces clichés de prison, banlieues, vulgarité. Moi je n’ai pas fait de prison, j’ai fait des études que j’ai réussies brillamment. J’en suis fier. Je ne vais pas me brider parce que ça ne fait pas bien. C’est important pour moi que le petit Mamadou Keita qui écoute Al Peco, il se dise : « Ah, le grand frère, il a un diplôme. Mes parents me saoulent avec l’école mais lui il fait du rap et il a aussi déchiré à l’école. Donc c’est possible. » Il est dommage qu’il n’y ait aucun grand frère qui peut prouver qu’on n’est pas condamnés à être des imbéciles.
Ce qui est original chez toi, c’est que dans le flow et l’énergie, il y a un vrai côté gangster. Et dans les textes, il n’y a pas cette gangsta attitude…
C’est clair que c’est très paradoxal. Je suis très « cash lyrics ». Je ne tourne pas autour du pot. Mais d’un autre côté, il y a le discours qui dit : « Va au school, fais ton Scarface mais avec des bons moyens, intelligemment. » Je suis à la fois foufou, plus conscient et revanchard par rapport à la situation des immigrés. Je peux aussi être très dur vis-à-vis de l’Afrique. Il faut qu’on arrête de dormir. Il faut qu’on se prenne en main nous-mêmes. On a notre part de responsabilité dans cette situation. Pas de langue de bois, de langue de pute, je dis ce que je pense. La démagogie, c’est ce qui m’énerve le plus.
Sur « Braquer Notre Chance » et « Hallal Scarface », tu présentes un message trés libéral, basé sur le « construis-toi toi-même », comme certains gros rappeurs américains…
À un moment, il faut arrêter d’être faux cul. On est tous là pour faire de l’argent. Le côté gauchiste, social, il faut arrêter. Aujourd’hui, s’il devait y avoir une branche ni de droite ni de gauche, j’en serai. Aujourd’hui, si certaines communautés ne sont pas respectées, c’est économique. Si on peut aujourd’hui dire certains trucs sur l’Afrique, c’est parce qu’on ne pèse rien sur la balance. Si demain l’Afrique construit des voitures, fabrique des téléphones portables, on ne va pas nous voir de la même manière. Prenons-nous en main.
Mots clés: Al Peco, ColonizaSon,