Nysay
Deux ans après Au Pied du Mur, le groupe du Pont de Sèvres Nysay remet le couvert en sortant Si, Si la Famille. Ce nouvel album sort quatre mois après le street album de Salif, Prolongation. Rencontre avec ce dernier pour une interview sans langue de bois
Plus concis et ouverts
Après Prolongation, tu reviens avec le nouvel album de Nysay, Si, si la Famille. S’il reste dans la même veine qu’Au Pied du mur, ce disque à l’air plus abouti et plus complet.
Salif : C’est clair que contrairement au premier album, les thèmes de celui-ci sont plus définis. Dans Au Pied du Mur, on parlait de la rue en long et en large alors que là on a essayé de varier les thèmes. Tu vois, un titre comme « Bolos », à l’époque d’Au Pied du Mur, on en aurait fait vingt pareils. Mais aujourd’hui on ne souhaite plus faire deux fois le même morceau. Je pense que Si, Si la Famille est moins abstrait et permet aux gens de mieux cerner les deux personnages que sont EXS et Salif. On voit plus où on veut en venir.
On retrouve effectivement des morceaux tels que « J’aurais voulu » ou « Tous de Passage », plus personnels, où vous ouvrez réellement votre coeur…
Salif : On a commencé le rap à l’âge de treize piges. On était jeunes, on avait plein d’ambitions et d’objectifs qu’on n’a pas forcément atteint. Pour arriver à nos fins, on a mis de côté famille et amis et aujourd’hui quand on fait le bilan de nos vies, on se dit que d’une certaine manière on l’a ratée. Car on peut récupérer de l’argent mais pas le temps perdu. Mais bon je n’ai aucun regret.
Sombre et amer
Si, si la Famille est un disque assez sombre et amer. À l’instar du titre « NYSAY », on sent que vous avez un certain recul vis-à-vis du rap et de la vie en générale…
Salif : Ça fait longtemps qu’on est dans ce milieu et on s’est très vite aperçus que dans le rap, tout ne marchait que par affinité. Ça me dégoûte et donc je suis obligé de le dénoncer. Aujourd’hui, t’as des gens qui font de la merde et qui prétendent révolutionner le rap. Je pourrais te dire que mon album est mortel, le meilleur, mais non. Si, Si la Famille, est un album de rue qu’on a essayé de faire au mieux et voilà. Tout ce que je peux faire pour aider le mouvement c’est de rester vrai et honnête dans mon art.
Sur Mauvais Conseil (leur définition de MC) vous dénoncez le fait que beaucoup de rappeurs soient des mythos qui ne racontent de « la merde ». C’est un constat assez dur ?
Salif : Tu vois, si j’étais calculateur je ne ferais jamais un morceau comme Mauvais Conseil parce qu’il va à l’encontre de ce que je dis dans l’album. Ce titre vaut aussi bien pour moi. À force d’envoyer de la haine comme ça aux gens, faut pas s’étonner de se manger un jour une bastos en plein concert. Je peux comprendre qu’il y ait des personnes qui prennent nos discours au pied de la lettre et qui veulent nous tester. Comme on dit : « Qui ne dit mot consent », donc je me rebelle !
Est-ce pour vous mettre en marge du rap actuel que vous avez fait le titre « Dans ce Game », où vous expliquez que vous ne suivez pas la tendance mais la niquez ?
Salif : J’ai trouvé mon créneau et mon rôle dans le rap : celui de la vérité et de dénoncer une certaine réalité. C’est un milieu superficiel et je ne peux plus le cautionner. J’aime le rap mais là on est en train de le tuer, moi y compris. Je peux comprendre que certains jeunes préfèrent écouter de la tektonik.
Des projets à venir ?
Salif : En octobre je vais sortir un DVD qui devrait s’appeler soit L’œil du Haineux ou l’Histoire d’un Buzz. Ça va retracer tout ce que j’ai fait depuis un an et demi. C’est un projet qui annoncera la sortie de mon album La fleur au Fusil qui arrivera en janvier 2009. EXS sortira à la même période son opus, Mémoires Collectives.
Le titre de l’album
Le titre de l’album a forcément fait penser au refrain du morceau « Mon public » de Sefyu. « À la base, notre CD devait sortir tout comme le sien, au mois de mai. Ce titre, on l’a trouvé depuis longtemps. Ça prouve seulement que l’on est tous dans le même créneau rue. Pour notre part, on aime bien être critiques et aujourd’hui on a l’impression qu’être rappeur consiste à entretenir les clichés de banlieue et laisser les gens s’enfoncer dans la merde. Donc voilà, ça nous amuse avec EXS d’entendre tout le monde dire “Si, si la famille”, mais concrètement qu’est-ce que cela signifie ? C’est ce qu’on se demande dans le morceau éponyme », explique Salif.
Mots clés: Nysay, Si Si la Famille,