Mala
Début septembre, les bacs verront arriver Himalaya, le premier album de Mala, après des années de présence, notamment aux côtés de ses potes Booba et Brams, toujours ensemble sur scène et jusque dans les pochettes, comme celles de l’album Ouest Side de Booba.
Préparé dans la tranquillité, avec pour seul leitmotiv se faire plaisir, Himalaya se veut une approche différente du rap français, à la fois dur, avec l’ambition d’être dansant et une forte identité musicale. « Pourquoi Mala ? », vous direz-vous. Ce n’est pas la première fois que Groove décide de mettre en avant un artiste en lequel il croit pour son premier album. En ce qui concerne Mala, nous voulions prendre le pari, de nombreux symptômes ayant penché dans la balance. En effet, Mala est un artiste que les auditeurs semblent connaître depuis toujours. Son parcours est aussi riche que ceux qui ont trois ou quatre albums derrière eux (cf. encadré). Le chemin est long et chaotique mais semble aujourd’hui arriver en bout de piste… Le toit du monde est proche et s’appelle Himalaya… En compagnie notamment de l’alpiniste musical numéro 1 de cet album, Marc d’Animalsons, présent durant cet interview, véritable alter ego de Mala.
Un parcours mouvementé
On a l’impression qu’avec la Malekal, ça a un petit peu stagné, d’un autre côté Lunatic faisait ses trucs… Qu’est ce qui a empêché le groupe d’avancer davantage ?
M : Ben déjà, les squelettes que j’avais au placard, il y a eu des allers-retours en prison…
C’est vrai que ton parcours a été mouvementé, en quoi cela t’a bridé dans ton évolution dans le rap ?
M : Tu sors, il faut refaire un truc… Ça m’a surtout permis de me remettre en question par rapport au groupe. Comme c’était moi la grande gueule du groupe, c’est normal que quand je ne suis pas là il ne se passe rien avec les deux « timides » (façon de parler). Ils ne se lancent pas comme moi je me lance.
Aujourd’hui quel est ton regard sur cette période ?
M : Que du bon. Je ne regrette rien, à part le fait qu’on soit moins aujourd’hui. C’était marrant quand on était au complet, Beat 2 Boul, 45 Scientific… Mais bon, les histoires font que … Après c’est chacun ses trucs.
Pas mal des gars que tu as côtoyés sont talentueux et bien en place aujourd’hui, quelle a été l’émulation ?
M : C’est normal, à force de traîner avec les mêmes personnes, on a à peu près les mêmes pensées, le même blabla. Ça m’a monté un petit peu à leur niveau et permis de progresser. C’est plus un esprit de compétition positive. Quand ton pote fait un morceau et que tu es là à l’écouter et que ça tue… Tu sais que tu peux faire pareil alors tu t’y mets aussi. Celui qui m’a mis dedans, c’est Zoxea. C’est lui le mentor, aujourd’hui on le dit et ca sera jusqu’à la fin. Maintenant, il n’y a plus de mentor, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. Quand je dis chacun pour soit, ça veut dire « déchire toi ».
Tu ne sors ton premier album qu’aujourd’hui, avais-tu envisagé de le faire plus tôt ?
M : Oui, à un moment je voulais le faire sortir mais j’ai eu quelques petits problèmes dans ma situation familiale donc j’ai dû me remettre en question et repartir.
Et qu’en est-il de la Malekal ? Le groupe existe-t-il toujours ?
M : Oui, il n’y a plus que moi et Brams. Rien n’est mis de côté.
Tu es le père de deux enfants, est-ce que cela a influé sur ton caractère ? Est-ce que cela t’a incité à te poser davantage ?
M : Ça n’a pas changé mon caractère mais plutôt mes actions. Je me suis calmé sur certaines choses. Je suis un mec de la rue, il a fallu que je mette mes business de côté, je prends moins de risques.
Lançement de l’album
Quel a été l’élément déclencheur de l’album ? À quel moment t’es-tu dis qu’il était bel et bien lancé ?
M : C’est l’évolution du rap aujourd’hui, surtout l’évolution du rap américain car on est tous influencés par ça à la base. Il y a les Lil Wayne, T-Pain en mode « vocoder » et moi depuis longtemps je voulais faire un truc comme ça, au début avec une petite voix et après j’ai vu que mes frères (Marc d’Animalsons est à côté de lui, NDLR) pouvaient avoir l’appareil. On a testé, ça a marché. C’est un truc de voix que j’aime bien travailler.
Marc : En fait on s’est posés pour faire de la musique et l’on se disait forcément qu’on allait faire l’album, mais on ne s’est pas dit qu’on allait le faire comme ça. Assez vite, en une semaine on a eu 3-4 morceaux et on s’est dit que c’était parti !
As-tu accumulé des morceaux ou pensais-tu chaque titre avant de le faire ?
M : C’est parti franco. Il faisait un son ou je lui lâchais un refrain et il faisait une structure par dessus. Le temps qu’il fasse le son, j’écrivais à côté. Ça s’est toujours fait en parallèle.
Marc : On ne s’est pas pris la tête, ça a avancé naturellement. C’est après, quand tu réécoutes les morceaux que tu te dis que celui là est un petit peu en dessous de l’autre… Mais on n’est jamais sorti en se disant que c’était tout pourri.
Vous n’étiez que tous les deux, comment avez vous fait pour avoir une écoute fraîche de votre boulot ?
M : Le studio, déjà.
Marc : Ouais le studio et puis l’entourage. On a commencé et au bout de deux semaines, personne n’avait rien écouté, il n’y avait que nous deux qui connaissions les morceaux. Un beau jour on leur a fait écouter et on se demandait ce qu’ils allaient en penser. Et puis quand tu les vois revenir et te féliciter, tu te dis « ouais c’est cool, on est dans la bonne direction. »
Mis à part Marc, il n’y avait personne avec toi pour te conseiller, t’aiguiller ?
M : Ben déjà les autres mecs qui font des prods, comme Fred Dudouet, Berny Prod… Avec Booba, j’avais carte blanche. C’est mon truc, on l’avait dit avant, c’est du Mala.
Marc : C’est son style à part entière, ça reste du 92 I mais pas du Booba.
Vision Musicale
L’album est très influencé par les tendances récentes américaines, tu voulais être à la pointe de la nouveauté ?
M : Non pas forcément. J’arrive à un certain âge et les sons où je me gratte la tête en restant appuyé contre un mur, ça me saoule un petit peu. En France c’est l’inverse. Après les mecs disent qu’ils ne veulent pas écouter du cainri mais quand ils vont en soirée, ils ne dansent pas sur leurs sons. Ce que je veux faire, c’est tout en restant naturel, essayer de faire bouger les gens, en faisant penser ou réfléchir quelqu’un d’autre. Il y a des morceaux où je ne suis pas tendre mais au moins le son il peut tourner derrière un son cainri.
Niveau son, le pari que vous avez pris est plutôt risqué, l’orientation musicale du disque ne risque pas d’être perçue de la même manière en France qu’aux States.
M : Non, je ne pense pas. Il y en a beaucoup qui essayent le dirty. J’en vois toute la journée sur Trace TV. C’est un délire, ça vient. Il faut juste la bonne personne – j’espère que ça sera moi – qui les touche et puis c’est la porte ouverte. On a commencé avec « 92 Izi » et il est bien rentré. Après, il y a des détracteurs comme pour tout mais ça va, c’est bien perçu.
Marc : Ce qu’on a essayé d’éviter, c’est ce que font beaucoup de mecs en France, des décalcomanies du Sud, avec des faux dentiers et des gimmicks à la Lil Jon ou Young Jeezy. C’est clair que ce sont des tempos lents, c’est basé sur la basse mais ce n’est pas du crunk ou du dirty south, on a pris tous les classiques, toutes nos influences pour les ressortir dans un disque. Après, la forme principale est plutôt orientée vers le Sud mais pas avec les mêmes kits de batteries… On ressort tout à notre manière et dedans il peut aussi bien y avoir du Mobb Deep de 1996 que du CNN, que du Young Jeezy ou Lil Wayne. Le problème, c’est que les mecs, au lieu de prendre leurs influences et les rejeter à leur manière, ils les rejettent telles quelles, c’est un copier/coller et là il n’y a plus d’intérêt car l’original sera toujours mieux.
Dans ton album, tu parles de la vie de tous les jours telles qu’elle peut être pour certains : drogue, alcool, méfaits en tous genres… Peut-on considérer ce disque comme le point d’orgue de ta rédemption ?
M : Le point d’orgue non.
Marc : C’est le tout début ! Le premier pas, le premier orteil !
Binôme
Le fait d’avoir travaillé presque exclusivement avec Marc, ça c’est fait tout seul aussi ?
M : Ouais, ça ne s’est pas décidé. La Pirogue, (le studio de Marc, NDLR), tu vois comment c’est ! C’est convivial et pendant un moment quand j’avais des galères à la maison, j’habitais avec lui. Quand monsieur commençait à faire une bonne rythmique, je sortais direct la feuille et le stylo. On tente et si ça marche, c’est bien.
Le fait d’être sur place t’a donné la primeur des sons ?
Marc : L’album a commencé un peu comme ça. À un moment, on était voisins à Epinay, on se voyait tous les soirs, même pas pour faire des sons, mais pour jouer aux jeux de foot, boire un coup, on a eu nos problèmes conjugaux en même temps (ils en rigolent, NDLR), on s’est réfugiés là-bas.
M : On s’est retrouvés !
Marc : On a échangé le jeu vidéo pour la MPC 4000 et le micro et puis voilà.
Auto Tunes
L’idée d’utiliser l’Auto-Tunes (vocoder), c’est Marc qui te l’a proposé ou c’est venu de toi ?
Marc : Non, il a entendu des jamaïcains. Des potes m’ont ramené pleins de sons et un soir on écoutait ça et on est tombé sur le cul en même temps. Il m’a dit d’essayer ça sur sa voix…
M : …et depuis on n’en est pas revenus.
Du coup tu es le premier rappeur en France à le faire ?
Marc : Et même dans le monde, si cet enfoiré de Lil Wayne ne pouvait pas sortir ses morceaux une semaine après qu’il les ait fait.
Justement, vu que ça a fait sa place aux States, tu ne penses pas qu’on va te taxer de récupérateur ?
M : Ha non ! Attends, tu as vu tous les jamaïcains qui kickent dessus. Après, le blabla des Français, je m’en tape. Là il y a la France et il y a aussi tout mon public ailleurs, dans le monde entier. Là je suis en train de flipper, avec tous les voyages, j’essaye de me mettre discret et on me capte. Même moi j’en suis encore choqué aujourd’hui. Je vais dans des pays où je me dis que je n’aurais jamais eu l’occasion d’aller et les gens me connaissent.
Marc : Et encore, même Lil Wayne, à la période à laquelle il l’a fait, il ne s’est pas levé un matin et il s’est dit « je vais sortir l’Auto-Tunes. » À mon avis, c’est en écoutant les mêmes trucs que nous on a écoutés.
Tu utilises ta voix un peu comme un instrument, en plus du rap, est-ce qu’on peut dire que c’est la particularité de Mala ?
M : Ça l’a toujours été, ça a toujours parlé pour moi, à la maison ou aux States : « On comprend pas ce que tu dis, mais bien ! » Ce que je raconte et la façon dont je le fais sont aussi importantes l’une que l’autre.
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